Dâabord un extrait du Petit Prince :
Quâest-ce que signifie « apprivoiser »
– Câest une chose trop oubliĂ©e, dit le renard. Ăa signifie « crĂ©er des liens⊠».
– CrĂ©er des liens?
– Bien sĂ»r, dit le renard. Tu nâes encore pour moi quâun petit garçon tout semblable Ă cent mille petits garçons. Et je nâai pas besoin de toi. Et tu nâas pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi quâun renard semblable Ă cent mille renards. Mais, si tu mâapprivoises, nous aurons besoin lâun de lâautre.
Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au mondeâŠ
– Je commence Ă comprendre, dit le Petit Prince.
Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se
ressemblent, et tous les hommes se ressemblent.
Et puis Usko, un petit renard đŠ dĂ©guisĂ© en chien đ.
Il nâa rien changĂ©. Il a tout dĂ©placĂ©.
Avant lui, les journées avaient des angles morts.
Les habitudes dâun veuf, des Ă©crans, des gestes rĂ©pĂ©tĂ©s, lâĂ©nergie du dĂ©sespoir.
Le corps suivait⊠pas vraiment, mais sans lâhabiter.
Et puis il est arrivĂ©, une cigogne me lâa apportĂ©. Sans thĂ©orie, sans grand projet, il est lĂ et je dois en prendre soin. Ce petit chien ne sera jamais une serpilliĂšre Ă©motionnelle, mais a trouvĂ© sa place avec dignitĂ© dans ma vie, comme un ami.
Une mission de bienveillance envers cette petite Ăąme. Ce petit animal possĂšde un cĆur, il ne me trahira jamais.
Alors il a fallu sortir, le promener, Ă pied, sur un vĂ©lo, le jour, la nuit au Marais, dans la forĂȘt, sur la dune, partout avec moi.
Marcher. Respirer autrement.
Regarder dehors au lieu de penser dedans.
Petit Ă petit, sans bruit, quelque chose sâest ajustĂ©.
Le cĆur sâest calmĂ©. Il parle plus bas.
De 60 Ă 56 battements par minute.
Pas parce quâon lui a demandĂ©âŠ
Mais parce quâil nâavait plus besoin de courir aprĂšs le reste et conquĂ©rir lâinutile.
Ă lâĂšre du numĂ©rique et des chiffres, jâai comptĂ©.
Les pas se sont multipliés, passant
De 5 495 Ă 11 268 en moyenne par jour.
Le monde est devenu plus grand que lâĂ©cran.
Le corps sâest remis en mouvement.
De 163 à 426 calories actives brûlées chaque jour.
Simplement parce quâil fallait vivre avec lui, remplir son univers de petit athlĂšte Ă quatre pattes.
Le temps debout a pris sa place.
De 5 heures Ă 8 heures par jour.
Moins assis, plus prĂ©sent, dans le mĂȘme souffle,
le stress a reculé. De 55 à 45.
Comme si la vie redevenait lisible.
Les pensĂ©es se sont espacĂ©es. Certes, il demeure le souvenir de ce qui a fait mal, alors quand cela arrive, je mâassieds avec lui, tout simplement et je mâen vais, par monts et par vaux avec ce compagnon qui mâexplique tous les jours que la vie peut ĂȘtre simple quand on avance avec son cĆur.
Les gestes et les personnes sont devenus plus vraies.
Moins de compensation et plus de sourires
Moins de remplissage et plus de présence.
Usko, mon petit Border de mer, ne mâa rien appris, mais il mâa rappelĂ©.
Que vivre, ce nâest pas remplir ses journĂ©es.
Câest les traverser avec amour.
Et que parfois, il suffit dâun chien,
pour remettre un homme Ă sa place :
dans son corps, dans son rythme, dans sa vie.


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