Il était une fois un roi dont l’empire s’étendait aux confins de la terre. Sa soif de conquêtes semblait insatiable.
Ses soldats traversaient montagnes, déserts et océans. Chaque printemps apportait une nouvelle victoire, chaque automne un nouveau territoire, et chaque hiver de nouvelles souffrances.
Un soir, alors qu’il contemplait la carte de son royaume, on lui présenta un vieux berbère qui demandait à le rencontrer. Arrogant et fier comme Artaban, le roi lui montra la carte avec fierté. « Regarde, tout cela m’appartient », dit-il.
Le berger observa longuement les frontières tracées à l’encre. Puis il demanda doucement : « Le cœur des hommes… t’appartient-il aussi ? »
Le roi resta silencieux, intrigué et dubitatif.
Le berger invita le roi au voyage, le roi rangea son ego et oublia son cœur belliqueux.
Le lendemain, ils partirent ensemble. Ils traversèrent des villes conquises. Les marchés étaient ouverts, les impôts étaient payés, et les drapeaux du roi flottaient au vent. Un silence de mort enveloppait ces terres conquises au prix du sang. Pourtant, chaque soir, les habitants fermaient leurs volets avant leur passage. Ils obéissaient, mais aucun ne souriait ; l’ordre régnait.
Au bout de plusieurs semaines, aux frontières du royaume, ils arrivèrent dans un petit village qui n’avait jamais connu la guerre.
Les habitants accueillirent les voyageurs avec du pain, du vin, et leur offrirent l’hospitalité, une place auprès du feu, quelques olives et du miel. Intrigué, le roi demanda au berger : « Pourquoi ces gens me donnent-ils ce que les autres me refusent ? »
Le vieil homme répondit : « Parce que ce qui est donné librement a plus de valeur que tout ce qui est pris par la force. » Touché par la sagesse du vieil homme, le roi baissa les yeux.
Le vieil homme, alors, par un geste symbolique, ramassa une poignée de terre et dit : « Tu peux posséder cette terre. »
Il souffla doucement dessus et ajouta : « Mais tu ne posséderas jamais le vent qui la caresse, ni la pluie qui la féconde, ni l’espérance de ceux qui y vivent. »
Ce soir-là, le roi comprit enfin pourquoi certaines guerres ne se gagnent jamais : on peut conquérir un pays, mais on ne conquiert jamais une âme.
Lorsque les hommes oublient cette vérité, ils découvrent que la plus grande des puissances peut mener à la plus pauvre des victoires.


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