Le matin, c’est la promenade d’Usko, on ne sait pas très bien, lequel des deux, le chien ou le maître promène l’autre.
Je la croisais souvent, une silhouette mince traversant le marais à vive allure, presque à marche forcée. La laisse du chien est tenue proche du corps, le visage crispé semble toujours être ailleurs. Chaque fois que je la croisais, la rencontre ressemblait à une porte entrouverte puis aussitôt refermée. Je ne savais jamais si elle était timide, distraite ou simplement peu intéressée par la compagnie des humains. J’imaginais que ma seule présence pouvait la gêner dans sa quête de solitude.
Puis, il y eut ce jour dans son jardin.
La promeneuse solitaire devint soudain pilote de ligne à la retraite, sportive accomplie. La femme aux réponses brèves devint chanteuse de rock. Et lorsqu’elle ouvrit la bouche pour chanter, nos chiens se sont arrêtés de jouer pour écouter, une mezzo soprano capable de se hisser au contre Ut du Miserere d’Allegri, rien que ça.
Elle se disait être asociale. Peut-être. Mais certains êtres ne sont pas faits pour les foules. Ils ressemblent davantage aux vieux phares : isolés, battus par les vents, parfois difficiles d’accès, mais capables d’éclairer très loin.
Je suis reparti un peu perplexe, un peu dubitatif aussi.
On croit parfois rencontrer une ombre dans un chemin. Et l’on découvre, derrière quelques silences maladroits, tout un ciel.
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