Trolltunga et le phénomène de l’«Alpine divorce»

Il paraît qu’en montagne, on se rapproche de l’essentiel.

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Il paraît qu’en montagne, on se rapproche de l’essentiel.

Moi, ce jour-là, je me suis rapproché…de son ex-mari. Sans jamais l’avoir rencontré. Un ménage à trois en quelque sorte.

On était partis tôt, sac sur le dos, le ciel un peu menaçant. Avec cette promesse simple : marcher, respirer, être là.  La « Trolltunga » est la randonnée incontournable de la Norvège . Son espace minéral est incroyable, au pays des Trolls.  C’est mythique et magique et un peu terrifiant.

Il y avait aussi la petite Border Terrier, légère, libre, sans histoire, le quatrième élément de l’aventure.

Trolltunga n’est pas une balade. C’est une randonnée. Une vraie, avec dix heures de marche en escalier non stop. 

Les premières heures sont belles. Le souffle s’installe, les corps trouvent leur rythme… puis la parole arrive.

— “Lui, il faisait de tout une compétition.”

— “Toujours à vouloir arriver avant.

Je comprends alors quelque chose d’étrange :

je suis, malgré tout, une amélioration.

Et pourtant…

À mesure que le sentier monte, les phrases changent de couleur.

— “C’est long quand même.”

— “On avance pas beaucoup…”

La petite chienne ne se pose pas de question, elle ne compte pas. Elle avance. Elle vit.

Je découvre une autre vérité : on peut être comparé… et quand même ne pas s’être rencontré et c’est tant mieux. 

À mi-parcours, elle s’insurge: 

Contre la pente, le temps, ses jambes, le poncho que je n’arrive pas à fixer sur son sac. Elle perd patience, je m’éclipse avec tristesse. C’est pour  m’éloigner de cette violence à peine contenue. 

Et ça aussi, c’est une forme de douceur.

Un peu maladroite, mais réelle, lorsqu’une personne est en colère, il faut délester.

Alors je me tais.

Pas par fatigue. Par compréhension.

Parce que je sens que ce qu’elle fuit, ce n’est pas moi.

C’est la manière d’avant, son ego envahissant, ce qu’elle veut se prouver à elle même. 

Puis, finalement et interminablement vient le sommet.

La pierre suspendue. Le fjord immense. Le silence qui remet tout à sa place.

Même les râleries s’arrêtent.

Elle regarde. Respire.

— “C’est magnifique.”

—  « J’ai le vertige « 

Puis, presque aussitôt :

— “Attends, prends-moi en photo.”

— “Non, refais.”

— “Là, je suis pas bien.”

— « Tu me prends en photo sur l’éperon s’il te plaît « 

Et je souris.

Parce que finalement, la râleuse de Trolltunga… ce n’est pas celle qui râle.

C’est celle qui cherche encore la bonne façon d’être là avec don ego.

Et moi, ce jour-là, je n’ai rien prouvé.

Je n’avais rien à gagner, juste la joie de marcher avec elle.

Et c’est peut-être ça, la vraie différence.

Je garde un souvenir attendri de cette randonnée, même si parfois le stress a pris le dessus.

Ceci explique cela :

Un fait divers, des centaines de témoignages, et un hashtag qui s’impose.

Depuis plusieurs semaines, le #Alpinedivorce renvoie aux récits de nombreuses femmes abandonnées en pleine nature par leur compagnon. Je comprends. Mais moi, je ne l’aurais jamais laissé la « Trollesse de l’alpage minéral » . 

Miroir : ce qui fut sera.

Plus tard, j’ai repensé à Usko, mon petit Border vendéen, s’il avait été présent.

À sa manière de marcher.

Il effectue des cercles concentriques autour de moi. 

Avec lui, pas de comparaison. Pas d’avant.

Il ne cherche pas à aller plus vite ni à aller mieux.

Il avance, et dans cet “avancer”, tout est déjà juste. Un partenariat de coeur et d’amitié à quatre pattes qui s’inscrit naturellement dans une relation de bienveillance.

Alors j’ai compris.

Ce n’est pas une question de montagne. Ni même de couple.

C’est une question de présence.

Et ce jour-là, le cœur démoli par Une, et Usko dans ma tête… j’étais tout de même heureux de l’avoir faite cette randonnée.

Je reviendrai à Trolltunga. 

GG 💫

Musique by GeoGarsaud

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