Lorsqu’il ne peut avancer vers ce soleil qui n’éclairerait plus que son couchant, il se retourne et contemple.
D’abord une musique qui l’apaisait :
la toccata et fugue en ré mineur de Johann Sebastian Bach.
Parce qu’il eut plu à Dieu de critiquer Bach,
parce que dans Bach, tout est beau.
Ensuite, il contemple sa vie, son accomplissement,
le soin qu’il s’est attaché à donner aux autres,
le don de soi qu’il a pratiqué tout au long de son existence.
Certes, les débuts ne furent pas prometteurs,
mais l’enrichissement progressa en lui
Cette paix succéda aux lourds horizons,
comme un éclairage discret le guidant vers une paix intérieure.
Laissant les nuages noirs qui jadis empêchaient l’âme de prendre son envol.
Le passé, avec ses joies et ses peines, ne conditionne plus l’homme qu’il est devenu.
Il avait projeté un avenir meilleur, se disant que le plus beau restait à venir.
Il pensait souvent, en lisant les Contemplations,
« qu’aimer est plus fort que vivre» et qu’il se devait d’en faire son choix au quotidien.
Aimer, il savait.
L’âme sort du corps, s’élève, déploie ses ailes
pour voler vers un autre ange.
Les anges se caressent doucement, tendrement.
Ils s’embrassent lentement avant de se donner la main.
Puis ils retrouvent les enveloppes charnelles de leurs hôtes.
À cet instant débute le miracle de l’amour et de la vie à deux.
À cet élan du cœur s’ajoute le bonheur indicible
de se sentir soulevé.
Après l’élévation de l’âme, le corps suit la même trajectoire :
une élévation spirituelle que le physique rejoint
pour rendre terrestre la relation devenue charnelle.
Ainsi, il se retrouve à chaque lever et coucher du soleil dans la paix du vieillard émerveillé.
Émerveillé par ce miracle vécu au quotidien
toutes ces années, avec une compagne de voyage au doux visage qui l’avait accompagné.
Compagne qui avait peuplé son âme, lui permettant de supporter la solitude et de la transformer en mouvement intérieur.
Ce mouvement qui permit à ce cœur généreux
de continuer à battre pour lui et pour les autres.
Le legs qu’il fit à cette terre fut incarné par une descendance issue du miracle de la vie.
Deux âmes jeunes qui s’étaient rencontrées,
qui avaient construit ensemble des années de bonheur.
La prunelle de leurs yeux répondait au miracle de l’amour.
Un amour si débordant qu’on reconnaît dans le cœur des enfants le soleil que l’on retrouve.


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