Après l’amour d’un regard

L’amour du regard, ces rencontres qui ne durent qu’un instant

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Il y a dans une vie des rencontres qui ne sont qu’éphémères. Elles surviennent presque par hasard, comme une éclaircie dans un ciel un peu gris. Grâce à un simple regard échangé : on peut deviner et lire à l’unisson sur les lèvres et à demi-mots «tu me plais».

Sur le moment, on ne le sait pas. On croit que quelque chose commence. On prête à un regard, à quelques mots échangés, une suite possible. On imagine un chemin qui s’ouvre doucement devant nous.

Mais certaines rencontres n’étaient peut-être que cela, un instant fragile posé dans le cours ordinaire des jours. Un point d’orgue, une note qui s’éternise et puis s’évanouit. Un regard qui s’attarde un peu plus longtemps. Une conversation qui semble trouver d’elle-même sa musique. Cette impression étrange d’être compris sans avoir besoin de trop expliquer. Le sentiment de plénitude s’installe et découvre la légèreté de l’être.

Puis l’horloge du temps reprend son mouvement.

Longtemps et naïvement, au romantisme naissant de l’âme, j’ai cru que ces moments-là étaient des occasions manquées, des histoires qui n’avaient pas su naître. Aujourd’hui je les regarde avec une tendresse un peu mélancolique.

Certaines personnes entrent dans notre vie seulement pour réveiller quelque chose en nous. Une part sensible que l’on croyait endormie. Une corde intérieure qui se remet soudain à vibrer. Elles ne viennent pas pour rester, et demeureront les fantômes de l’illusion.

Comme ces silhouettes évoquées par le poème « Les passantes de Paul Fort », entrevues dans la lumière d’un instant, que l’on emporte longtemps avec soi sans jamais les revoir, au destin différent du notre.

Le Docteur Christophe Fauré écrit que, dans certaines vies marquées par l’amour et le deuil, il existe parfois des rencontres de passage. Des visages qui ne sont pas là pour construire une histoire, mais pour rappeler au cœur qu’il sait encore battre. Que l’on peut aimer à nouveau quelque soit la souffrance que l’on ait vécue. 

Alors il reste cette trace légère, presque irréelle : un sourire croisé dans la douceur d’un jour, un regard échangé entre deux silences. Peut-être même un baiser imaginé au coin d’une lèvre. Comme le dit si bien Alain Souchon dans le baiser donné par l’inconnue qu’il a croisée.

Rien de plus. Et pourtant ce n’était pas rien.

Car certaines présences n’ont pas besoin d’avenir pour laisser une empreinte. Elles traversent simplement notre vie comme une brève musique, sur « le cœur un décalcomanie ». Puis le silence revient.

Et dans ce silence demeure parfois une note un peu nostalgique, comme un accord suspendu que l’on continue d’entendre longtemps, longtemps après qu’il ait été joué. Dans l’oxymore du silence assourdissant et de la lumineuse tristesse, j’ai osé ce baiser volé, avec une belle que j’ai croisée. 

Peut-être est-ce cela, au fond, la sagesse des jours qui passent : accueillir ces rencontres sans les retenir, sans les juger, sans leur demander plus qu’elles ne peuvent donner. Comme sur une guitare aux accords simples, certaines notes ne sont faites que pour résonner un instant et disparaître doucement dans la musique de la vie.

Musique par geogarsaud

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