Romance intestinale

Le jambon de Bayonne, cru probablement mal cuit, fut consommé par l’élégant bipède. Malheureusement — ou heureusement, tout dépend de quel côté on se place — un parasite du plus bas étage qui soit se développa dans le ventre du bonhomme. Celui-ci, gaillard, ne se rendit compte de rien et ne ressentait aucune gêne. Parfois,…

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Le jambon de Bayonne, cru probablement mal cuit, fut consommé par l’élégant bipède. Malheureusement — ou heureusement, tout dépend de quel côté on se place — un parasite du plus bas étage qui soit se développa dans le ventre du bonhomme. Celui-ci, gaillard, ne se rendit compte de rien et ne ressentait aucune gêne. Parfois, il ingurgitait plus que d’habitude : il était fort en appétit et en apparence. Quoi de plus normal pour ce « viandard » de référence que de se délecter de viande porcine ? Dans le cochon tout est bon. Rassasié par toutes sortes de cochonneries, il se tapait allègrement sur la bedaine et le bidon, réveillant en lui le goret qui sommeille. Le prophète n’était pas passé et les cochons avaient encore pignon sur rue dans son alimentation. Un ver solitaire, connu aussi sous le nom de ténia ou tænia, se développa tranquillement dans l’intestin grêle de l’homme. Il vécut des jours heureux, tranquille Émile. Un jour pourtant, bien au chaud, ancré solidement sur le tripoux du garçon, Émile fut dérangé dans son sommeil. Ce ver n’a jamais connu l’amour. Seul, perdu dans les villosités, il se plaisait à méditer sur sa solitude. La vie s’écoulait paisiblement, et à part quelques anneaux qu’il cédait gracieusement de temps en temps en guise de régime à son hôte, tout allait bien.

L’hôte était généreux de nature. Les anneaux gastriques étaient concédés, bien sûr, par les voies naturelles — une reconnaissance de dette en quelque sorte.

Un beau matin, il aperçut au fond du tunnel une lumière. Il pensa tout d’abord à sa mort prochaine, et un frisson le traversa. « Non, déjà ? Ce n’est pas possible ! » Le bruit se rapprochait, et une douce lumière envahit soudainement l’espace. C’est à ce moment -là qu’il le perdit… qui ? Son pucelage, pardi ! La belle avait des anneaux comme lui et dodelinait de la tête. Tantôt à droite, tantôt à gauche, il se sentait l’âme d’un fakir qui voit danser le naja sous sa flûte. L’étreinte fut torride et, de mémoire de ténia, très intense. Finalement, l’étreinte cessa et la belle disparut comme elle était venue : par les fesses du brave homme.

Un gastro-entérologue réalisa ainsi la première coloscopie classée X de sa carrière.

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