Le petit jardin zen que je lui avais préparé, dans l’attente de mon devenir, fut le théâtre d’une belle rencontre.
Lorsque ma Belle se vêtit de ses ailes, j’accueillis son urne dans ce havre de paix.
Aujourd’hui, ses ailes se sont déployées et volent vers un autre ciel, auprès des gentils de l’au-delà.
Le jardin était composé d’un carré de graviers blancs, d’une belle fontaine, de pierres blanches, et de l’urne en granit noir.
L’eau de la fontaine coulait en doux gazouillis.
L’endroit était paisible et invitait au recueillement.
Depuis la maison le ruissellement se percevait, diffusant une ambiance sereine et apaisante.
Souvent, je m’asseyais devant ce petit jardin, laissant le soleil me réchauffer,
et m’imprégner doucement de la mélancolie qui m’habitait.
Je savais que ce rituel devait un jour prendre fin,
car il marquait l’étape du deuil que j’entamais.
Un petit oiseau venait, fidèle visiteur de l’endroit.
Un rouge-gorge, posé sur l’urne, déployait sa grâce silencieuse.
Je le contemplais avec mes yeux d’enfant. Était-ce une réincarnation, ou simplement un rouge-gorge de jardin ? Peu importe.
Je me disais que tout jardin devait être habité par de petits oiseaux picoteurs.
Quelques années plus tard, lorsque je revins habiter cette maison, il revint aussi.
J’étais stupéfait, car jamais je n’avais vu de rouge-gorge dans le jardin de la dame de Boissy où je résidais auparavant.
Et pourtant, ici, dans mon jardin,
où je vis désormais seul, il m’attendait.
Un signe discret et divin, me direz-vous ?
Un signe destiné à ceux qui croient au ciel, comme à ceux qui n’y croient pas.
L’urne n’est plus là :un columbarium l’abrite.
Je ne pouvais pas la conserver par-devers moi.
L’âme n’est plus là non plus, et je sais qu’elle est en paix.
Alors il me reste ce petit oiseau, les cygnes du marais, compagnons ailés de mon destin.


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