Solitude amoureuse

Un vacarme muet où se perd le nous, chacun retenu derrière les barbelés du jadis. Un partage dissonant, harmonie rompue, frontière invisible, mais infranchissable du passé. L’amour persiste dans le bruit du silence, mais la mémoire d’hier dresse ses murs. Le partage d’un lit, d’un repas, une histoire… mais plus vraiment un cœur. Les gestes…

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Un vacarme muet où se perd le nous, chacun retenu derrière les barbelés du jadis. Un partage dissonant, harmonie rompue, frontière invisible, mais infranchissable du passé. L’amour persiste dans le bruit du silence, mais la mémoire d’hier dresse ses murs.

Le partage d’un lit, d’un repas, une histoire… mais plus vraiment un cœur.

Les gestes demeurent, les habitudes tiennent, mais l’intimité s’efface. C’est être côte à côte sans se rejoindre. C’est être là sans être présent.

L’infidélité n’est pas seulement charnelle. Elle se loge dans mille recoins du quotidien. Infidélité à un amoureux que l’on délaisse.

Des week-ends échappatoires en solo, pour retrouver une fresque du vécu, une respiration sans l’autre.

Infidélité à une promesse du coeur non tenue.

Infidélité à soi-même, quand on renonce à ses rêves ou à ses valeurs. Dans chaque cas, il s’agit d’une fuite : un détour pour ne pas regarder en face ce qui s’éteint.

J’ai parfois cru que la fidélité se résumait à ne pas partir.

Pourtant, j’ai appris qu’on peut rester… et déjà être ailleurs.

Il m’est arrivé de le ressentir : une proximité qui n’était qu’apparente, un moment partagé qui laissait un goût de distance.

Comme si l’autre, tout en étant là, avait choisi d’être ailleurs.

Ailleurs dans ses pensées, ailleurs dans son passé, ailleurs avec ses remords et loin des repères qui ont façonné son être. Une pensée en proie à ses démons intérieurs.

Ce n’était pas une trahison visible, pas un geste éclatant. C’était plus discret, presque imperceptible. Mais suffisant pour sentir que le cœur n’habitait plus l’instant.

Et c’est là que l’on comprend que l’infidélité n’est pas toujours une affaire de corps ou de mensonge. Elle peut se cacher dans une loyauté au passé, dans l’influence d’une voix extérieure, l’emprise du démon, conseiller en tout genre. Il survient alors ce besoin de se réfugier ailleurs plutôt que de se donner pleinement ici. Être sous influence d’un ego démesuré et de l’illusion de la liberté.

Alors naît cette solitude mutuelle : deux êtres côte à côte, mais séparés par un voile invisible. Une présence physique, mais une absence intérieure.

Solitude mutuelle et infidélité partagent la même racine : l’absence. La solitude mutuelle dit : « je reste, mais je ne suis plus là ». L’infidélité dit : « je pars, mais je fais semblant d’être encore présent ».

Deux stratégies différentes, un même résultat : une façade qui tient, mais un lien qui se brise.

Être fidèle, ce n’est pas seulement « ne pas partir ». C’est être présent, sincère, habité. C’est répondre au monde, aux êtres chers, à soi-même.

La véritable trahison n’est peut-être pas le départ, mais l’absence au cœur même de la présence.

Alors la question demeure, simple et exigeante : « À quoi, à qui suis-je fidèle aujourd’hui ? »

Simplement faire de l’autre une priorité et vivre en lui et avec lui.

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