L’orchidée

Quand je revins chez moi au bout de quelques semaines, la fleur me demanda « ça y est, tu es revenu? ». Oui je suis là, répondis-je. Enfin… dit-elle, avec un sanglot étouffé. Elle cachait ses sentiments cette orchidée que j’avais soignée et chérie avant de quitter la maison. Et où étais-tu ? demanda-t-elle, curieuse comme une…

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Quand je revins chez moi au bout de quelques semaines, la fleur me demanda « ça y est, tu es revenu? ». Oui je suis là, répondis-je. Enfin… dit-elle, avec un sanglot étouffé. Elle cachait ses sentiments cette orchidée que j’avais soignée et chérie avant de quitter la maison. Et où étais-tu ? demanda-t-elle, curieuse comme une chatte. Je lui dis la vérité : j’étais avec une autre fleur. Cette réponse n’était pas suffisante pour satisfaire sa curiosité. Je vis, sur les bords de ces fleurs blanches apparaître de petites taches. C’était bien alors ? dit-elle, en insistant. Pas toujours, dans ce pays vois-tu, il y a beaucoup de gens tristes et peu de soleil, il ne fait pas souvent beau. Ah ! dit-elle, c’est triste alors la vie là bas. Je ne savais que répondre, elle avait commencé une partie d’échecs avec moi et après ce coup de maître, je sentais mon roi en difficulté car elle m’avait déjà pris une tour et un cavalier. Je compris la manœuvre qui finirait probablement par une question ouverte du genre : « Pourquoi vas-tu là-bas alors, s’il ne fait pas beau et que les gens sont tristes »? Je préparais ma réponse qui lui dévoilerait tôt ou tard qu’il s’agissait d’une autre fleur qui s’était fanée et que j’avais pris soin d’elle aussi. Mais les fleurs sont jalouses et je ne voulais pas déclencher une souffrance en elle qui lui ferait perdre un ou deux boutons. Ou bien pire, la faire dépérir, les orchidées sont comme les humains, elles ne se plaisent pas partout. Alors, je la pris, délicate enfant à la robe immaculée, le pot dans la main et lui donnais le bain. Après l’avoir séchée, je lui demandais alors : « comment as-tu trouvé la thalasso » ? Cette plaisanterie ne l’amusa guère et je sentis dans sa voix un tantinet d’agacement. Elle rougit un peu et les points noirs laissèrent apparaître des petits pigments rose. « L’eau était un peu fraîche, mais ça va », répondit-elle.  Grâce au bain, je n’avais pas répondu à son hypothétique question. Elle avait raison, après tout pourquoi aller vivre dans un pays où il ne fait pas beau et où les gens sont tristes. Je la déposais alors avec soin sur son grand buffet. Je répandis un peu d’engrais dans le pot. J’étais soulagé par son silence, il me restait peu de pièces pour terminer la partie et j’aurais fini tôt ou tard par être « échec et mat ». Ouf, elle était satisfaite, heureuse que je sois revenu mon orchidée blanche. Je n’avais pas oublié que la dernière fois à mon retour, je l’avais trouvée là, sans un seul bouton , la tige nue, à l’agonie. Quelques mois plus tard, après sa dépression, par miracle, elle se remit à fleurir, me confiant à nouveau sa vie. Finalement, seule sur ce buffet, elle m’attendait l’amoureuse, prête à m’offrir sa beauté jour après jour. Je lui fit serment alors de ne plus la laisser seule trop longtemps. 

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