Petit à petit, l’étau se referma sur sa vie. Il s’en rendait compte au fur et à mesure qu’il avançait sur le sentier sur lequel il s’était engagé, pour ne pas vivre seul, et combler son avidité de tendresse. Il ressentait cela surtout quand le plafond est bas, lorsque le jour tombe. Sa sérénité était intimement reliée à son être car il avait vécu le pire de son existence, la perte de l’être aimé. Le laissant seul, ivre de chagrin, titubant au milieu de sa tristesse. Les premières lueurs du deuil se transformèrent à l’aube d’une nouvelle vie. Une vie qui se promettait heureuse et fidèle à sa conviction première, le don de soi, l’amour, un autre départ. L’amour, il sait de quoi il s’agit, cet amour que l’on ressent dans ses entrailles et qui fait de l’être cher une contemplation au quotidien, non pas comme l’on contemple un paysage, un tableau, une nature morte, mais chaque jour une lumière d’âme qui annonce qu’une belle journée va poindre dès le lever du jour. La geôle semblait confortable, une maison où s’entassent des objets. Il observe ces objets, on appelle cela des antiquités, pour valoriser le terme de vieilles choses ayant appartenu à des vieilles personnes. On s’en fiche, cela a de la valeur, mais cela appartient au passé, ce passé qui hante la mémoire, lorsqu’il n’est pas glorieux et fait de combats perdus d’avance, de trahison et de violence. Ces objets font référence à une histoire qui n’est pas la sienne. Quelques tableaux sombres sont accrochés ici et là, des toiles encadrées que l’on pend à droite, à gauche et croute que coûte dans la prison dorée. Néanmoins, ce ne sont que des peintures plus sentimentales qu’esthétiques, à défaut du goût et des couleurs. Ce patrimoine exposé renforce le caractère sombre de la demeure. Le marbre est omniprésent, un cimetière mondain. Glacé par cette froideur, il reste lui aussi de marbre. Ici, il ne s’agit pas de fautes de goût, point de saveur, le goût c’est ce qui permet aux papilles de savourer un plat avec délicatesse. Mais point de jugement de valeur, il ne devrait pas, pardon, l’art est difficile… L’appartement plante le décor, tout se mélange, y compris la poussière, le désordre. Une dame de ménage vient faire quelques heures par semaine, et ne ménage pas ses efforts, une routine plus que nécessaire pour la propreté des lieux.
Loin de l’épure qui permet au regard de se poser dans un environnement serein, c’est le monde pêle-mêle qui est présenté. Le site est protégé car les privilèges sont convoités par ceux qui en ont moins. Alors, c’est la peur, on s’enferme, des fois qu’ils viendraient, qui, ils, les voleurs pour prendre les objets, les colliers, les bijoux, richesses du passé. Maintenant, c’est dehors que cela se passe. La rue aussi est encombrée, des livreurs viennent souvent gêner la sortie de la résidence. On vocifère, on s’excite, cela ne va jamais assez vite. Monbon Colonel, les médailles pendantes n’est pas content. Puis la circulation, on invective, plus vite, Mabrave Dame n’a pas mis le clignotant, et Monbon Monsieur est arrêté dans le tournant, le rond-point : saturé comme d’habitude, le feu toujours au rouge. La densité de la population qui vit ici ne permet plus un écoulement serein des voitures. Les enfants vont à l’école, les parents au travail, les retraités au supermarché, tout ce monde s’active, s’acharne à gagner du temps, le lapin d’Alice, toujours en retard.
ALORS STOP 🛑 Le sentier est un sentier de perdition, l’âme souffre et se désespère, il est temps car les critères de sélection initiaux ne correspondent plus à la maîtresse de maison.
C’est le billet retour, le cœur est lourd. Il ne part pas en voyage, il retourne à la vie, la lumière, l’épure, chercheur de trésor. Là où il va c’est son paradis. Là ou tout est beau comme dans une partition de JS Bach et même Dieu aurait été jaloux. Endroit où la vie s’écoule au rythme des marées, du vent. Lorsque la lune se lève, on contemple Sirius, Antares au mois de novembre dans la constellation du Scorpion. Là où je m’emmènerai, au bout de la jetée, là où l’horizon est tellement plus clair.
Sous la belle étoile, celle qui te dit que la vie ici
Ne sera jamais rien que ton amie (F Pagny)
Le Marais à proximité est apaisé, l’eau absorbe les ondes sur l’onde. Pas de bouchons, même pas un pêcheur, quelques muges sautent et troublent le silence, un banc, incitation à la méditation, à la paresse. Il vient s’asseoir sur ce banc appelé aussi le banc de Mamie par les petits enfants. Ce banc où la gentille grand mère se reposait, lors des sorties que lui autorisait sa vilaine maladie. Si le temps nous est compté, il est temps de le vivre, non dans le passé mais dans le présent, même sur le banc du souvenir.
Pas de fuite en avant pour occuper son temps et cultiver l’illusion du vivre intensément.
La vie vaut parfois d’être vécue et plus simplement en harmonie avec ce qui nous correspond et nous rend heureux. J’avais oublié.

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