Un monde meilleur

Ce matin-là, j’avais rendez-vous à l’aéroport avec un équipage et un avion. Après avoir parcouru quelques fuseaux et, au devant du soleil, il me ramènerait auprès des miens, grands et petits installés au Canada pour travailler. Comme à l’accoutumée et respectueux de l’environnement, je montais un peu honteux dans le train de banlieue, sachant que…

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Ce matin-là, j’avais rendez-vous à l’aéroport avec un équipage et un avion. Après avoir parcouru quelques fuseaux et, au devant du soleil, il me ramènerait auprès des miens, grands et petits installés au Canada pour travailler. Comme à l’accoutumée et respectueux de l’environnement, je montais un peu honteux dans le train de banlieue, sachant que ma contribution en CO2 pour la planète serait pitoyable à partir du moment où le long courrier qui m’amènera, représente l’équivalent d’une consommation de quatre cent litres de pétrole pour effectuer cette traversée transatlantique. Une baignoire de kérosène à moi tout seul, ce bain de bitume raffiné revêt alors la couleur de ma culpabilité. Néanmoins, le moment de honte passé, je pris place dans ce train qui dévorait et recrachait quelques stations plus loin cette foule de Parisiens, fourmis laborieuses, esclaves de ce monde moderne où les gens rejoignent les villes au détriment de la campagne, à la recherche d’une vie meilleure qui celle-ci ne sera sûrement pas centenaire. Ainsi au hasard des montées et descentes, j’observais les gens de toutes origines, le majeur tendu, balayant avec nonchalance l’écran de leur téléphone, véritables automates programmés pour la consultation d’informations virtuelles et passagères. Concentrés sur l’écran, ils tentent d’oublier cette atmosphère trépidante qui aliène les populations citadines, avec des images, des films, pour passer le temps. Le téléphone portable appelé aussi mobile sert finalement à ces personnes immobiles, dont le cerveau est disponible pour traiter des informations volatiles. Quelques stations suivantes, au gré des rencontres impersonnelles dans ce monde de zombies, d’autres morts-vivants, voyageurs franciliens, s’installent sur le siège devant moi. Il s’agit d’une maman et de son petit enfant. L’enfant est ivre de sommeil, il est collé tout contre sa mère. Celle-ci a les yeux rivés sur son téléphone, il est tôt.

Trop tôt pour cet enfant qu’elle trimbale avec elle. Il essaie de lui parler, mais en vain. Elle le repousse et devant son insistance, elle le réprimande dans sa langue maternelle. Je ne comprends pas ce qu’elle lui a dit, mais l’effet est instantané, il a du chagrin. Par la force des choses j’en ai aussi et cela m’émeut beaucoup de voir cela. Je pense alors à mes enfants qui sont nés du bon côté avec une mère attentionnée. C’est pourquoi je l’ai pris en photo, ce petit garçon pour me rappeler un monde qui n’est pas si éloigné du mien, invisible. Cet enfant à côté de sa mère descendit quelques arrêts plus loin, la foule les avala et il me reste cette photo prise furtivement pour me rappeler que je dois exprimer de la gratitude au quotidien, même si le malheur m’a frappé de plein fouet. 

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