Métamorphoses

Devenu langueur mon abattement se vit transformé en une force intérieure qui m’a permis de survivre jusque là. Cette langueur s’est manifestée tout d’abord par une immense fatigue physique que les longues nuits d’insomnies aggravent. Par la force des choses, le cycle que je qualifie de « un, trois, cinq» correspond au cycle nocturne pendant lequel…

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Devenu langueur mon abattement se vit transformé en une force intérieure qui m’a permis de survivre jusque là. Cette langueur s’est manifestée tout d’abord par une immense fatigue physique que les longues nuits d’insomnies aggravent. Par la force des choses, le cycle que je qualifie de « un, trois, cinq» correspond au cycle nocturne pendant lequel je veillais sur cette personne, amour d’une vie dont la vie s’échappait peu à peu. Inexorablement, comme on égrène un chapelet, comme le sable d’un sablier qui distille ses grains un par un et que l’on ne retourne pas, parce que c’est fini et qu’il n’y aura jamais de retour. Puis, vint le désespoir, le chagrin, le chaos, un sentiment de solitude accablée. Au réveil, le bonjour de la tristesse, le ricanement de la faucheuse et la perte de soi, des repères noyés dans le souvenir. A contrario, ici pas de colère, malgré ce sentiment d’injustice, d’impuissance, la perte du contrôle d’une vie heureuse. Devenir une autre personne, changer, se reconstruire. J’avais entendu ce mot, le jour funeste des funérailles, il résonnait dans ma tête, dans mes pensées. Que deviendrai-je maintenant ? Sans amour, sans l’amour, sans  elle, un cœur vidé de sa substance essentielle : Elle. 

J’écoutais une chanson qui raconte que le temps n’est pas l’affaire et que quand on est con, on est con. J’étais devenu ce con, idiot de la vie, et si le temps n’était pas l’affaire ce qu’il fallait démontrer. Je me trompais lourdement, idiotement, on n’oublie rien de la douleur, on s’habitue c’est tout. Ce temps agit comme une gomme qui efface le sourire, le rire des enfants, le bonheur passé, pour un avenir déconstruit, décomposé. Se retrouver maintenant devant une page blanche, où il faut  tout réécrire patiemment, les jours avec, les jours sans. Comme pendant cette maladie qui l’a tuée, elle qui croyait au ciel, le ciel absentéiste, celui qui a toujours tort. Il ne fut pas au rendez-vous, ce ciel que l’on attendait, les jours avec et les jours sans. Le prêtre a dit qu’elle a été rappelée, mais pour quel projet ? Le vide laissé est immense, sidéral. Je me suis rendu compte que petit à petit, cette belle âme avait envahi mon cœur, mon corps, avait fusionné avec mon être tout entier, simplement. Elle me rendait bon, sociable, tolérant et plus humain chaque jour qui passe, un clin d’œil à sa manière venu de “De profondis « . À chaque retour de l’expression de mes défauts, une voix s’élève en moi, me chuchotant de plus en plus fort pour arrêter cette bêtise, me rendant à la raison. C’est comme si je redevenais elle. Au début, même si j’en étais persuadé, je pensais qu’elle était ailleurs. Alors maintenant je ne me pose plus la question, c’est elle qui vit en moi, héritage de toutes ces années passées avec toi, douceur de nos vies partagées. Mon regard pour mes enfants et petits-enfants a changé, à travers moi, quand je les serre très fort, nous sommes deux à les étreindre. Merci 🙏 pour tout d’être là, encore et pour toujours, mon amour.

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