Eliora avait imaginé pouvoir garder son petit qu’elle avait mis bas, il y avait quelques mois. Un petit chiot qu’elle avait eu lors d’une de ces chaleurs particulièrement torrides que vivent les bêtes lors des accouplements où tous les coups font mouche. Ses différentes portées avaient été vendues à des gens qui adoptaient les chiens pour différentes raisons. Il s’agissait pour certains de combler des vides affectifs en adoptant ces compagnons quadrupèdes, en mal d’enfants, d’autres de renouer avec l’instinct de chasseurs, et finalement tout simplement pour combler une partie de leur solitude. La pandémie allait bon train en Europe, le confinement des humains les rendait agressifs. Mais Eliora ne s’en souciait guère, parce que la gent canine n’en a que faire des virus de l’homme, et seule la rage pour laquelle elle était vaccinée importait aux yeux de ses maîtres. Bref, le petit chien à peine sevré profitait pleinement de sa fratrie, gambadait et vivait pleinement une vie de chien apaisée. Ici point de nouveau maître en vue pour un quelconque achat qui l’aurait séparé de sa mère, de ses frères et sœurs. Les hommes confinés faisaient mine grise et ce n’était pas le moment de prendre un animal qui aurait diminué l’espace vital de la famille. Donc, un répit dont il tirait naïvement profit. Profitant de la vie, grâce à une pandémie qui durait. Les mois passèrent à toute allure et finalement les restrictions levées, le négoce d’animaux reprit. Les clients arrivaient dans la ferme où l’élevage canin était situé. Le petit chien était devenu adulte et vivait pleinement son innocence d’animal, il était joueur. Son univers était régulé par le cycle des pâtées octroyées matin et soir. Parfois, on lui jetait un os à moelle, histoire de l’occuper et d’affermir sa mâchoire, un régal. Heureusement pour lui, ce jour-là, à la vue de nouveaux clients en quête de chiens, il ne fut pas choisi pour partir en exil loin de sa famille. Les enfants et leurs parents avaient choisi un petit chien moins joueur et il resta quelques semaines de plus encore à l’élevage. Il avait appris que les nouveaux maîtres pouvaient, pour stopper son entrain, le priver d’une vie sentimentale. Il ne pourrait plus faire des câlins à d’autres chiennes. Et bien sûr, il ne voulait pas être privé de cela. Profitant d’une barrière laissée ouverte, il fugua. Se retrouvant seul maintenant, il erra sur les routes. À devenir fou au bruit des Klaxons, des voitures, il courut à perdre haleine. Affamé, mouillé, tremblant de froid, il se réfugia dans une ferme, une grange, de la paille, le bonheur. La nuit passée, curieux comme une chatte, il sortit pour faire le tour de la propriété, une porte de bois s’ouvrit et il le rencontra ce monsieur le paysan. Il s’appelait Seguin et les yeux plein de larmes, il pleurait ses chèvres qu’il perdait à cause d’un loup qui sévissait dans la région et qui faisait un carnage sans nom, cauchemar des éleveurs. Les petites chèvres arrivaient à se détacher pour aller dans la montagne. Il avait beau les prévenir rien n’y faisait. Elles se battaient toute la nuit et au lever du jour, le loup les dévorait. Monsieur Seguin vit en l’animal un sauveur, ce petit chien est vaillant et il fera certainement fuir le loup. Il l’adopte, il le choie, il le caresse, et comme tout bon maître qui se respecte, il en prend soin. Son flair s’avère juste et le chien trouve un confort absolu. Les petites chèvres étaient devenues des petites chéries, amoureuses du nouveau venu.,
Elles ne s’enfuirent plus jamais dans la montagne au grand bonheur de Monsieur Seguin qui pourrait continuer à faire des Pelardons des Cévennes, ce fromage de chèvre si savoureux. Le petit chien est devenu le gardien privilégié des biquettes à qui il faisait des gros bisous enflammés.


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