Je viens juste de sortir du four, toute ronde, toute chaude et parfumée à la frangipane.
La boulangère me dépose alors dans la vitrine où je rejoins mes congénères de farines sucrées.
Elles demeurent là, bien alignées, comme des petits oignons, des soldats attentifs et attendant l’assaut final hors de la tranchée, les petites blondes frangipanes.
Sur l’instant, je n’ai pas compris, j’ai été pétrie, malaxée, parfumée comme il se doit, parée des mille atours, puis le patron a glissé un objet décoré dans mon cœur. Quelques instants après, comme je commençais à tiédir, un vieux monsieur est rentré dans la boulangerie et m’a regardée fixement, comme on contemple une friandise avec envie. Il m’a désignée avec son index et s’est exclamé : “Je prends celle-ci pour mes petits enfants”. Maintenant, tout devient clair. Je vais être mangée. Au secours, n’ai je donc tant vécu que pour être une victime de petites mandibules. Je commençais à m’habituer et à tiédir de joie. Emballée dans une boîte en carton, j’arrive dans une maison et puis à nouveau la chaleur du four me réchauffe le cœur. Un bruit de cuisine, d’assiettes, de disputes, ils arrivent et j’entends une fratrie de petits gaulois qui revendique un objet qui m’appartient. Une fève, c’est le nom prononcé par ces petites personnes affamées. Alors résignée et sentant ma fin prochaine, je rêve d’un royaume de sucre avec des fruits confits.

À l’année prochaine donc et pour l’Épiphanie en souvenir des trois Rois mages qui sont venus, guidés par une étoile, offrir leurs présents au Messie.
Au revoir, et merci beaucoup de m’avoir dégustée, je n’ai pas souffert.

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