La Cigale et la Fourmi đŸœ

Une Fourmi du Nord, ch’timi de naissance Ă  l‘ombre du terril comptait mĂ©ticuleusement ses sous.  Une Cigale du sud sirotait un jus de jeune pousse Ă  l’ombre d’un platane, elle n’avait pas un sou vaillant en poche, jouant du banjo, “olĂ© torĂ©ador ”, petit insecte Ă  cymbales, reine de l’étĂ©. L’hiver aidant, la bise au…

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Une Fourmi du Nord, ch’timi de naissance Ă  l‘ombre du terril comptait mĂ©ticuleusement ses sous. 

Une Cigale du sud sirotait un jus de jeune pousse Ă  l’ombre d’un platane, elle n’avait pas un sou vaillant en poche, jouant du banjo, “olĂ© torĂ©ador ”, petit insecte Ă  cymbales, reine de l’étĂ©.

L’hiver aidant, la bise au Nord arriva contraignant la Fourmi noire, Ă  se rĂ©fugier dans sa mine d’or qu’elle protĂ©geait mandibule et pinces contre tout agresseur qui en voudrait Ă  son argent. Auparavant, elle avait quittĂ© son statut de «grouillote comptable» d’une grande sociĂ©tĂ© fourmiliĂšre pour se mettre Ă  son compte et elle possĂ©dait plusieurs terrils qu’elle avait mis en mĂ©tairie en guise de fourmiliĂšres, clĂ©s en main. La rente Ă©tant intĂ©ressante, elle attirait les convoitises. Elle Ă©tait trĂšs sollicitĂ©e et son emploi du temps bien trop chargĂ© pour un si petit insecte, mais elle s’appliquait dans son travail d’usuriĂšre. La Fourmi n’est pas prĂȘteuse . C’est lĂ  son moindre dĂ©faut. (J de La Fontaine) 

Plus au Sud, maintenant, la cigale du Midi « trin quille » pour reprendre une expression du Sud de la France, ne connaissait que des hivers trĂšs doux. RĂ©chauffement climatique aidant, la saison de gala finie, contre vents et marĂ©es, elle continuait Ă  chanter, Ă  gorge dĂ©ployĂ©e. Elle reprenait Ă  chaque automne, la saison terminĂ©e, son statut d’intermittente du spectacle tous frais payĂ©s. En attendant la saison prochaine, elle continua Ă  se prĂ©lasser et boire un peu de nectar surgelĂ©, mais tout de mĂȘme nourrissant.

Le peu qu’elle possĂ©dait, un hamac, un banjo et un petit pagne lui suffisait, le frottement de ses Ă©lytres Ă©tait chargĂ© de musique jolie, de mistral et de tramontane. Les collĂšgues Ă  cymbales rivalisaient de virtuositĂ© dans l’oliveraie voisine. Ensemble orchestral  Ă  l’unisson qui signifie que l’on aime Ă  Ă©couter l’étĂ©, avec du rosĂ© piscine autour d’une saucisse de Toulouse bien grillĂ©e. 

La fourmi noire Ă©tait comme ses pensĂ©es, lugubre et misĂ©rable. Un comble en pays mineur, elle avait mauvaise mine. Les livres d’Émile Zola qu’elle avait lus la terrifiaient. Elle redoutait qu’un nouveau Germinal ne s’installa en pays mineur ou pire crack boursier comme en 29 oĂč l’argent ne valait plus rien. Il y avait aussi la peur du Covid, des fois que l’on vienne Ă  manquer. Elle se dĂ©menait pour placer, fructifier, spĂ©culer et tout Ă©tait bon pour gagner de l’argent, Ă  droite, Ă  gauche et d’asseoir son derriĂšre sur un coussin de plus en plus moelleux. Jusqu’au jour oĂč penchĂ©e sur ses chiffres, elle fĂ»t braquĂ©e par un misĂ©reux, une Fourmi rouge qui voyait en elle le moyen de subsister et le dĂ©mon du grand Capital. Il avait lui aussi lu Germinal, mais comme mineur de fond, fort heureusement pour elle, pas comme dans Germinal, il ne l’émascula pas. AprĂšs qu’il l’eut dĂ©pouillĂ©e, le journalier s’en alla nourrir sa famille, et partager comme il se doit l’acquis Ă  la sueur du pauvre, socialisme oblige. La Fourmi 🐜 resta prostrĂ©e longtemps, elle perdit petit Ă  petit l’appĂ©tit et un jour de dĂ©pression, quitta son terril. Un gamin l’écrasa comme l’humain se dĂ©barrasse des Fourmis, petits insectes fossoyeurs. Je me suis longtemps posĂ© la question de notre cruautĂ© envers les Fourmis que l’on Ă©crase d’un coup de talon.

InhumĂ©e, elle repose dans la plus belle tombe et la plus chĂšre du cimetiĂšre des Fourmis. 

La suite : 

La Cigale du Sud, composa une chanson pour la dĂ©funte. Au nord c’était les Corons
. au Sud ce sont les chansons
. Allez : apĂ©ro ! Et que le c
 vous pĂšle. 

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