Une Fourmi du Nord, châtimi de naissance Ă lâombre du terril comptait mĂ©ticuleusement ses sous.
Une Cigale du sud sirotait un jus de jeune pousse Ă lâombre dâun platane, elle nâavait pas un sou vaillant en poche, jouant du banjo, âolĂ© torĂ©ador â, petit insecte Ă cymbales, reine de lâĂ©tĂ©.
Lâhiver aidant, la bise au Nord arriva contraignant la Fourmi noire, Ă se rĂ©fugier dans sa mine dâor quâelle protĂ©geait mandibule et pinces contre tout agresseur qui en voudrait Ă son argent. Auparavant, elle avait quittĂ© son statut de «grouillote comptable» dâune grande sociĂ©tĂ© fourmiliĂšre pour se mettre Ă son compte et elle possĂ©dait plusieurs terrils quâelle avait mis en mĂ©tairie en guise de fourmiliĂšres, clĂ©s en main. La rente Ă©tant intĂ©ressante, elle attirait les convoitises. Elle Ă©tait trĂšs sollicitĂ©e et son emploi du temps bien trop chargĂ© pour un si petit insecte, mais elle sâappliquait dans son travail dâusuriĂšre. La Fourmi nâest pas prĂȘteuse . Câest lĂ son moindre dĂ©faut. (J de La Fontaine)
Plus au Sud, maintenant, la cigale du Midi « trin quille » pour reprendre une expression du Sud de la France, ne connaissait que des hivers trĂšs doux. RĂ©chauffement climatique aidant, la saison de gala finie, contre vents et marĂ©es, elle continuait Ă chanter, Ă gorge dĂ©ployĂ©e. Elle reprenait Ă chaque automne, la saison terminĂ©e, son statut dâintermittente du spectacle tous frais payĂ©s. En attendant la saison prochaine, elle continua Ă se prĂ©lasser et boire un peu de nectar surgelĂ©, mais tout de mĂȘme nourrissant.
Le peu quâelle possĂ©dait, un hamac, un banjo et un petit pagne lui suffisait, le frottement de ses Ă©lytres Ă©tait chargĂ© de musique jolie, de mistral et de tramontane. Les collĂšgues Ă cymbales rivalisaient de virtuositĂ© dans lâoliveraie voisine. Ensemble orchestral Ă lâunisson qui signifie que lâon aime Ă Ă©couter lâĂ©tĂ©, avec du rosĂ© piscine autour dâune saucisse de Toulouse bien grillĂ©e.
La fourmi noire Ă©tait comme ses pensĂ©es, lugubre et misĂ©rable. Un comble en pays mineur, elle avait mauvaise mine. Les livres dâĂmile Zola quâelle avait lus la terrifiaient. Elle redoutait quâun nouveau Germinal ne sâinstalla en pays mineur ou pire crack boursier comme en 29 oĂč lâargent ne valait plus rien. Il y avait aussi la peur du Covid, des fois que lâon vienne Ă manquer. Elle se dĂ©menait pour placer, fructifier, spĂ©culer et tout Ă©tait bon pour gagner de lâargent, Ă droite, Ă gauche et dâasseoir son derriĂšre sur un coussin de plus en plus moelleux. Jusquâau jour oĂč penchĂ©e sur ses chiffres, elle fĂ»t braquĂ©e par un misĂ©reux, une Fourmi rouge qui voyait en elle le moyen de subsister et le dĂ©mon du grand Capital. Il avait lui aussi lu Germinal, mais comme mineur de fond, fort heureusement pour elle, pas comme dans Germinal, il ne lâĂ©mascula pas. AprĂšs quâil lâeut dĂ©pouillĂ©e, le journalier sâen alla nourrir sa famille, et partager comme il se doit lâacquis Ă la sueur du pauvre, socialisme oblige. La Fourmi đ resta prostrĂ©e longtemps, elle perdit petit Ă petit lâappĂ©tit et un jour de dĂ©pression, quitta son terril. Un gamin lâĂ©crasa comme lâhumain se dĂ©barrasse des Fourmis, petits insectes fossoyeurs. Je me suis longtemps posĂ© la question de notre cruautĂ© envers les Fourmis que lâon Ă©crase dâun coup de talon.
Inhumée, elle repose dans la plus belle tombe et la plus chÚre du cimetiÚre des Fourmis.
La suite :
La Cigale du Sud, composa une chanson pour la dĂ©funte. Au nord câĂ©tait les CoronsâŠ. au Sud ce sont les chansonsâŠ. Allez : apĂ©ro ! Et que le c⊠vous pĂšle.

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