Elle est tellement jolie la maîtresse de Musique.
Au collège, une fois par semaine, avec amour, elle nous enseigne son art de vivre, devenu son métier. Je suis amoureux d’elle, moi ce petit garçon de sixième. Surtout de la voir avec son petit ventre rond quelle se plait à se dissimuler sous sa belle robe bleue. Sans aucun doute, elle attend un bébé et elle ne finira pas l’année en musique comme elle l’avait commencée.
Nous pénétrons dans sa classe où chaque cours est bien orchestré, rythmé, rien d’étonnant pour un professeur de musique dont l’emploi du temps est réglé comme du papier à musique.
Nous débutons chaque leçon par quelques vocalises dont elle a le secret, elle au clavier et nous au gosier. Les notes s’égrainent, à gorge déployée nous donnons le maximum, surtout moi qui veut me faire remarquer. J’aurais voulu être cet amant en son temps, celui qui l’aurait étreint et aimée pour offrir au monde ce joli cadeau, ce bébé qu’elle enfantera dans quelques mois.
Mais en attendant, raide et au garde à vous devant le piano, je chante, je m’applique. Puis, c’est au tour de la dictée musicale, au début c’est difficile, l’oreille est capricieuse, je confonds, je me morfonds, c’est un fa, un mi ? L’intervalle est mince pour mon oreille novice en la matière. Mode majeur, c’est gai, mineur, alors c’est triste, théorie simpliste. Le dilemme s’impose, je dois choisir et griffonner ces notes sur la portée de mon cahier de musique, surtout avec la note appropriée. Ensuite, c’est à nous de jouer, nous sortons délicatement notre flute à bec de son étui. Mes parents l’ont acheté au magasin de musique en début d’année, Inscrite sur la liste, à chaque cours il ne faut pas l’oublier. La maîtresse prononce mon prénom , je me retrouve alors sur l’estrade dos au tableau, moi et mon égo de petit garçon grandissant, amoureux et sans talent. Tu vas nous interpréter » Que ne suis-je la fougère, de Jean-Baptiste Pergolese ».
Heureusement, et ouf : c’est la chanson de Nounours, quand le marchand de sable passe. Je la connais bien cette chanson. Je ferme les yeux tout doucement pendant que je pince le bec de cette flûte en bois avec mes petites lèvres d’enfant. Le miracle se produit, tandis qu’elle m’accompagne au piano. Je ressens cette harmonie, divinement jouée, je flirte avec cet ange bleu assise derrière le piano,. Je suis transporté au dessus de la classe, mon esprit monte vers le ciel et je joue la mélodie sans faute. Merci mon Dieu !
Alors, le soir quand je me suis endormi, j’étais avec un ange, le cœur léger, lorsque le marchand de sable est passé.

Laisser un commentaire