Excès de zèle

Dimanche matin, le réveil programmé minutieusement la veille annonce que la douce torpeur qui nous envahit cette nuit prends fin rapidement. Nos corps entrelacés, ivres de sommeil se séparent désormais. Un dernier bisou et c’est le petit déjeuner qui s’annonce. Je descends à la cuisine, laissant un petit répit à la belle encore lové dans…

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Dimanche matin, le réveil programmé minutieusement la veille annonce que la douce torpeur qui nous envahit cette nuit prends fin rapidement. Nos corps entrelacés, ivres de sommeil se séparent désormais. Un dernier bisou et c’est le petit déjeuner qui s’annonce. Je descends à la cuisine, laissant un petit répit à la belle encore lové dans la couette tiède. La petite chienne est tapie dans son panier, et fait mine de ne rien remarquer. « C’est trop tôt » pense-t-elle à demi réveillée et ce n’est pas encore l’heure de la pâtée, ne vous déplaise, j’en ferai à mon aise. Et elle referme l’œil qui s’était ouvert. Le petit déjeuner avalé, la toilette tonique matinale prestement terminée, nous voici parti pour la gare, le trajet est minuté, juste le temps de prendre un ticket cartonné. Le train express arrive en gare, pressé, je grimpe et j’oublie de composter. Pourtant elle était là, cette caisse enregistreuse, dévoreuse de forfaits. Rat de campagne à contrario du rat de ville, je ne suis pas coutumier du fait de valider ce ticket ou tout autre titres nobles ou pas. De plus mon cerveau est un peu embrumé comme cette campagne de banlieue livrée aux brouillards matinaux, j’ai dit au revoir à ma belle. Je m’installe contemplatif de ces deux billets que j’ai acheté, avec un sentiment de satisfaction et après tout j’ai acheté un accessit au train, même si je ne l’utilise jamais, je l’ai payé. Je demeure confiant dans cette logique, mais la suite me prouvera que non, «gare aux gorilles ». Ce matin, en réponse à cet oubli, l’univers me gratifia et me renvoya une surprise. Le train démarre à l’heure prévue. Quelques instants suivant, une cohorte assermentée, coiffée d’une casquette au liseré rouge envahit le wagon et spontanément je me présente un peu honteux auprès d’un personnage en uniforme et je lui présente alors mon titre de transport non validé. Excès de zèle, prime à la viande, il me déguste tout rôti, il m’emballe avec son verbiage appris par cœur. D’un naturel empathique, je suis confiant de la nature humaine et de son intelligence. Je reste docile, serein contemplateur. Ce contrôleur décide de faire travail qui lui a été confié : verbaliser. Il ne le montre pas mais se réjouit intérieurement à la vue de ma carte de crédit. Pauvre être, il n’aura pas fait la différence entre les voleurs et le volé et confondant l’ombre et la proie que parfois ces personnes investies de l’autorité abuse du pouvoir qui leur sont conférés. Bref, dépité quelque peu pour avoir dans un excès d’honnêteté avoué cette faute de n’avoir pas composté. Je me rassois contemplant ce ticket de carte bleue qu’il m’a remis après m’avoir salué d’un « Bon Dimanche »amicalement et satisfait de m’avoir offert avec indulgence sa bonté d’âme matinale 25 fois le prix du ticket 🎫.

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