Le petit sapin 

Je suis né de la forêt dans cet endroit merveilleux où l’humain aime à flâner, le pas léger au gré des promenades. L’été lorsque les essences mêlées de mes aiguilles enivrent l’air, je me prélasse au soleil, enraciné dans ces ferments de terre au milieu de bruyères et des hautes fougères. Je m’étire tout du…

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Je suis né de la forêt dans cet endroit merveilleux où l’humain aime à flâner, le pas léger au gré des promenades. L’été lorsque les essences mêlées de mes aiguilles enivrent l’air, je me prélasse au soleil, enraciné dans ces ferments de terre au milieu de bruyères et des hautes fougères. Je m’étire tout du long en grandissant mes aiguilles pour espérer rejoindre le ciel, le soleil qui me chauffe moi le petit sapin au bois dormant.  Le temps fraîchit, l’automne, puis l’hiver, les petites terminaisons de mes branches deviennent de plus en plus vertes, j’ai grandi. La vie est paisible ici, loin du bruit, alors la nuit quand je dors, je rêve de la canopée. Quand je serai grand, je l’atteindrai ce nirvâna des bois. Tout autour de moi, mes sœurs et frères poussent à l’unisson et partagent aussi ce cadre de vie que simplement quelques biches, cerfs de passage viennent nonchalamment troubler. 

Et puis, en Novembre, ils sont arrivés brutalement, bruyamment, ils m’ont déraciné. J’entends encore ce hurlement de douleur de mon frère qui m’a fait tressaillir. Que se passe t’il ? Je suis à l’étroit maintenant, rivé dans ce petit pot qui m’oppresse, j’ai mal, j’ai froid. Maman, Papa, ils m’emmènent, je quitte pour toujours la forêt qui m’a vu naître, depuis tout petit pignon. Autour de moi, le paysage défile, mes frères et mes sœurs sont avec moi dans ce camion, on ne peut plus respirer et tellement serrés. J’ai remarqué que j’avais les pieds dans un pot et bienheureux, ils ne m’ont pas cloué sur une croix, Dieu soit loué ! Et puis le silence, le voyage terminé la porte du hangar s’ouvre, les humains m’attrapent par les cheveux et me jettent hors du camion. Les dessins peints sur l’entrepôt m’interpellent,  I K E A, N O E L, S A P I N. Qu’est-ce que cela veut dire ? Je ne sais pas, j’étais à mille lieux de cela dans les bois.

Un chariot en acier s’approche, je suis transporté et je me retrouve maintenant enroulé dans un filet. J’avais entendu dire que les humains attrapaient les poissons avec ce genre d’appareil, imaginez mon incompréhension., un sapin -poisson. Un court voyage maintenant et j’arrive dans une maison. Il fait chaud, très chaud, je transpire un peu, moi que l’on nomme un résineux. Soudain, des petits personnages arrivent, ce sont des petits d’hommes , un cri, un chant, mon beau sapin roi des forêts…. tu parles, je suis prisonnier, déporté et affublé maintenant de boules de toutes les couleurs, d’écharpes qui grattent et j’ai tellement chaud que j’en perds mes aiguilles.  La nuit arrive, la guirlande qui clignote est enfin éteinte et le calme est revenu, plus de bruit. Je reste là dans le noir, raide comme un cierge, triste comme un saule. Dans la nuit, ils arrivèrent les jouets emballés au papier multicolore. Déposés délicatement à mes pieds. Que va-t-il se passer ? Je ferme les yeux. Quelque temps après, le jour se lève et ils surgissent de toute part, je suis encerclé, ils se jettent avidement sur ces paquets, les petits monstres en pyjama. Ils n’ont pas pas encore mangé ? Mais non ce sont leurs jouets,  ont-ils eu besoin de me séquestrer pour les y déposer . 

Je les regarde et finalement la tendresse m’envahit, toutes ces souffrances depuis ma forêt lointaine s’estompent peu à peu. Finalement je n’ai donc vécu que pour procurer le bonheur à ces petits enfants. Laisser ce rituel cruel pour apporter de la joie aux touts petits. Alors, la fête terminée, je supplie 🙏 et je prie pour que l’on m’enterre à nouveau, peu importe le quartier. Je veux encore espérer, la mousse à mes pieds, le soleil, la pluie, la vie. 

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