La nuit enfante les songes, et même si ceux-ci ont disparu parce que le sommeil n’est plus. Il reste en moi, assis là au milieu de la nuit, luttant contre l’insomnie l’espoir d’une vie retrouvée. Cette machine à écrire qui vibre entre mes doigts, retransmet fidélement ces pensées nocturnes d’un bonheur retrouvé. Et si le bonheur était là. La blessure profonde que le deuil nous inflige s’estompe avec le temps et devient supportable. Une forme de guérison guidée, on ne sait comment par un subconscient qui gomme le chagrin, le désespoir. La paix intérieure tarde à venir. Je me sens comme ce meunier endormi dans ce moulin dont les ailes tournent trop vite.
Oui, le meunier dort et le moulin tournoie seul dans le vide, parce qu’il n’y a bientôt plus de grain à moudre. Cette horloge biologique programmée en nous et qui nous rapproche inexorablement de cette fin que l’on veut douce et tardive. Après ce passage sur terre, aussi bref soit-il par rapport à cette éternité que l’on nous promet. Nous retrouverons alors nos chers disparus, partis plus et trop tôt. Nous nourrissons ainsi au fond de nous, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas l’espoir de les revoir et de les chérir à nouveau. Cette quête spirituelle guide nos pensées et donne enfin un sens à notre existence. Il existe quelque part un Ailleurs et « je vais les retrouver. ! « . Cela donne également un sens à la mort parce qu’elle ne constitue plus une fin en soi.
Il faut aimer la vie, même si … l’on parle alors du miracle de la vie et je rebondis là-dessus, la tentation était trop grande, en pensant également au miracle de la mort. Concept intéressant d’un esprit tourmenté à une heure tardive de la nuit. Les premiers hommes confrontés à ce problème ont su y remédier au travers de leurs croyances. Ils se sont posés les bonnes questions sans trouver de réponses appropriées, une question existentielle : La vie après la mort ! Si les Chrétiens ont émis une possibilité de
Rédemption, soit le fait de se racheter, cette Rédemption reste encore une fois l’apanage du mystère. Ce mystère est inaccessible à notre raison et reste de l’ordre du surnaturel cultivé par les religions, berceau des incertitudes. Un obscur objet de cette volonté viscérale de connaître ce qu’il y a aprés.
L’au-delà, terme qui reflète bien l’inquiétude. Ainsi l’homme inventa le sacré afin de pouvoir y accéder, reliant ainsi le ciel et la terre. Désolidarisant ainsi, le corps de l’âme. Et là le concept d’esprit sain dans un corps sain avec ce jeu de mots qui me vient naturellement et donc un esprit dans ce corps immatériel, mais où est donc passée l’âme ? L’aspect mental prend ici toute sa dimension, une bonne santé permettra de repousser cette frontière entre la vie et la mort, parce qu’un corps plus résistant permettra de vivre plus longtemps et repoussera cette limite. L’âme montera vers les cieux.
Même si la frontière entre la vie et la mort est une paroi très mince et imprévisible, il nous faut vaincre cette peur et regarder avec sérénité et sourire à la pensée de retrouver nos chers disparus, au banquet d’Odin, à la droite de Jésus et nous traverserons le Styx en barque. Orphée retrouvera enfin Eurydice.

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